Fabien Duflos lors de la présentation de son reportage aux étudiants de l’ISFJ Paris
Fabien Duflos est venu présenter son reportage La Quinzaine de la haine aux étudiants de l’ISFJ Paris dans le cadre d’un Reportage Club animé par Eric Quintin, lui aussi réalisateur et producteur. Le film traite des insultes auxquelles les joueurs et joueuses de tennis doivent faire face sur les réseaux sociaux. Les étudiants ont pu s’entretenir avec eux pour comprendre la construction journalistique d’un tel projet.
C’est un fléau qui secoue le monde du tennis. Les joueurs et joueuses professionnelles sont allègrement insultés sur les réseaux sociaux. La Quinzaine de la haine commence par le témoignage de Benjamin Bonzi et Caroline Garcia, deux Français du circuit professionnel. Après une défaite lors du premier tour de Roland-Garros, ils ouvrent leur téléphone et découvrent une dizaine de messages de haine, d’insultes plus violentes les unes que les autres. “C’est horrible” réagit une étudiante face à la violence des invectives. Certains ont des rires nerveux devant l’absurdité des messages mais c’est surtout l’effarement qui domine. Une scène cristallise l’attention des étudiants. Un jeune homme, auteur régulier de messages haineux sur les réseaux, rencontre Pierre-Hugues Herbert, joueur de tennis français professionnel et l’une des ses victimes. “Je vais continuer à envoyer des messages mais je calmerai les insultes, je m’arrêterai à “chèvre”” conclut le jeune homme à la fin de l’échange avec un Pierre-Hugues Herbert, très calme. Face à cette déclaration, les étudiants sont incrédules et comprennent tout l’intérêt de ce reportage. Dénoncer ces pratiques odieuses et mettre en lumière l’impact qu’elles ont sur le tennis professionnel.
“Quand vous menez une enquête, il n’y a pas un jour où vous ne faites pas quelque chose lié à celle-ci”
Comment réaliser un tel reportage ? Par quels moyens peut-on amener les victimes à se confier sur un sujet aussi sensible ? Comment choisir la bonne accroche ? Autant de questions que les étudiants ont pu poser aux deux journalistes. “Il faut saisir le spectateur dès le début, c’est fondamental, c’est même le plus important” raconte Fabien Duflos. La difficulté principale est de pouvoir tourner des séquences fortes comme les témoignages des joueurs ou celle de la rencontre entre un joueur souvent insulté et un des auteurs de ces insultes. “Le témoignage de Caroline Garcia a été très difficile à tourner parce qu’elle est très émue, elle vient de perdre et on lui demande de lire des messages atroces devant la caméra” raconte le producteur. Eric Quintin corrobore et ajoute qu’il faut instaurer un climat de confiance avec les personnes interrogées pour qu’elles comprennent que leur témoignage permet de dénoncer ces pratiques. Ainsi, il faut tout connaître de ces personnes pour les mettre à l’aise et retirer la distance entre elles et le journaliste. “Quand vous menez une enquête, il n’y a pas un jour où vous ne faites pas quelque chose lié à celle-ci” explique Fabien Duflos, “un coup de fil, une rencontre, écrire, s’informer… Il faut être obnubilé par son enquête”. La Quinzaine de la haine a permis aux étudiants de visualiser la construction de la structure d’un reportage et l’importance des séquences fortes pour emporter le spectateur dans sa narration.
